TOUT VA BIEN !

« Tout va bien » claironne l’éternel optimiste en toute circonstance, surtout quand le clairon sonne faux.

« Je vais bien tout va bien, je suis gai tout me plait » chantonne le personnage (sous méthode Couhé à haute dose) joué par Dany Boon.

« Je vais bien ne t’en fais pas », message éponyme du film, rassurant, mais Ô combien cruel.

« Finalement ça va mieux » nous affirme un personnage historique du haut de sa tribune altière alors que les sans-dents savent, eux, que le pain est toujours plus difficile à mâcher et de piètre qualité.

Voilà des illustrations redoutables du « tout va bien » !

 

Le « tout va bien » n’est-il qu’un simple instrument de propagande, un mensonge éhonté ?

Pas nécessairement, heureusement l’expression est parfois vraie. Mais quand même…

A la traditionnelle question « comment ça va ? », la réponse, convenue, est « tout va bien ».

Pourquoi ? D’abord parce qu’à question machinale, réponse du même type. Ensuite, si l’on s’aventure vers une autre réponse, il faut assurer ! L’interlocuteur espère un cancan, un petit malheur, mais pas trop, ne le décevez pas !

Pas trop parce qu’un vrai drame pourri l’ambiance et le moral, c’est mauvais.

Un petit ou moyen tracas permet de gloser, de tenir la conversation. Le malheur des uns fait le bonheur des autres ! «Untel a des soucis, donc il va moins bien que moi, donc je vais mieux que lui. Alors ? C’est qui le meilleur ?! »

Un petit malheur est nécessaire car le bonheur est ennuyeux ; il ne se passe rien de remarquable, c’est lisse. Il suffit de voir la démarche vaporeuse des amoureux dans la rue pour en prendre conscience. Le bonheur des uns fait le malheur des autres. « Ça ne va pas durer. Je suis sûr qu’il ne dit pas la vérité, qu’il fait semblant. D’ailleurs, on m’a dit que … ».

Voilà pour la vie civile.

Qu’en est-il dans nos entreprises ?

le « tout va bien » a-t-il sa place ?

Là encore, l’expression est dangereuse : Quand tout va bien, on ne fait rien, on ne touche à rien. On se laisse porter et l’on n’agit plus : Pas de réflexion, pas d’anticipation, pas de projection.

Le ciel est bleu, sans nuage, sans repère. On a les yeux fixés sur l’infini, c’est-à-dire à 2 mètres.

« Tout va bien » est tout à la fois l’euphorisant, et l’arbre qui cache le loup dans la forêt.

Nos recherches ont démontré 3 types de « tout va bien » :

  • Le hasardeux. En fait, je n’en sais rien, mais il vaut mieux dire cela qu’avouer son ignorance.
  • Le bluffant. Je sais que ça ne va pas, mais je dis que ça va quand même.
  • L’affirmatif. Je dis que ça va, parce que je sais que ça va !

Dans ces trois hypothèses le loup se cache, prêt à bondir sur la pauvre entreprise anesthésiée au puissant « tout va bien ».

Le « tout va bien » de propagande (ou pire d’ignorance) est très utile pour berner ses adversaires et concurrents. Il faut faire bonne figure, coute que coute. Mais il faut bien connaître ce qui ne va pas pour que le réveil ne soit pas trop dur, ni que cette vanité n’affiche un prix exorbitant.

Il faut avoir conscience que si tout va bien (pour combien de temps encore ?) tout ne va pas très bien. Il y a donc toujours des éléments perfectibles.

Enfin, c’est quand tout va bien, que l’on est dans un état de sérénité relative, qu’il faut se poser pour bien préparer l’avenir : s’assurer que tout va bien et que tout ira bien !

 

Le « tout va bien » n’est très efficace que délivré sur ordonnance de son Conseil préféré et sans dépasser les doses prescrites ! C’est marqué sur la boite !

 

Arnaud BISIG

Ps : Lorsque nous fixons l’infini ou l’horizon, notre œil opère une mise au point à 2m. Ni plus, ni moins, c’est physiologique. Et pourtant nous avons l’impression de voir loin ! « Ne vous fiez pas aux apparences »

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